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Histoires de tripes

par Julie Brière
Le ballonnement, la flatulence, la constipation, quelles
misères! Pour mieux comprendre la cause des problèmes
de digestion, et surtout la façon de les éviter, entrons
dans "l'intimité digestive" de deux personnes comme
vous et moi.
Nous voici donc au restaurant, un vendredi midi. Mme Pépin vient
y dîner avec ses collègues de bureau et, à la table
voisine, M. Rougeot tient une réunion d'affaires avec un client
"important".
Mme Pépin commande une salade césar et un falafel. Elle
a faim. La vue et l'arôme de l'assiette de son voisin, déjà
servi, lui ouvre encore davantage l'appétit. C'est que la stimulation
de nos sens prépare l'organisme à la digestion. Dans notre
corps, les chefs de chantier, les hormones, commandent déjà
aux ouvriers, les enzymes, de débuter leur travail; on appelle
ça la "phase céphalique". Évidemment,
ce système fonctionne à fond quand on prépare soi-même
ses repas, puisqu'on peut humer les différents parfums et ajouter
quelques ingrédients au besoin.
M. Rougeot a commandé un suprême de poulet, accompagné
d'une pomme de terre au four et de légumes. En pleine discussion
avec son client qui fume, il ne profitera malheureusement pas de l'apéritif
olfactif et visuel que lui offrent ses sens, et ne sera pas plus attentif
à la nourriture qu'il ingère.
SILENCE, ON DIGÈRE
Ce qui nous trotte dans la tête pendant qu'on mange a un effet
largement sous-estimé sur la digestion. C'est donc une mauvaise
habitude que de regarder la télévision ou de lire en mangeant
(j'en suis moi-même une ex-adepte, difficilement convertie par
mon conjoint, mais fort heureuse des résultats). Quand vous ne
prenez pas conscience de ce que vous ingérez, vous pouvez passer
au travers d'un sac de croustilles ou d'un litre de crème glacée
sans vraiment vous en rendre compte. Pire, si vous êtes "sur
les nerfs" ou que vous vous disputez avec votre partenaire pendant
le repas, le processus digestif est tout simplement inhibé.
Le stress, une fonction naturelle de l'organisme, nous prépare
de multiples façons à réagir à des situations
de danger. S'il faut courir à toute allure parce qu'un ours est
à nos trousses, le corps sécrète des hormones qui
augmenteront le débit cardiaque, l'apport en sang aux différents
membres, etc. Et s'il y a une chose dont le corps ne peut se soucier
dans un moment pareil, c'est bien de digérer! Or, de nos jours,
on stresse assis. Dur, dur pour la digestion!
À mon avis, il est préférable de ne pas manger
que de manger stressé. Que faire quand on est stressé
à longueur d'année? Il faut changer sa façon de
gérer sa vie, ou carrément de métier. De toute
manière, si on ne le fait pas, la vie se chargera de nous y forcer.
D'ici là, un petit conseil: à votre prochain repas, expirez
profondément (au bout de votre souffle) à quelques reprises
avant votre première bouchée. Vous verrez, ça passera
mieux.
FAITES ALLER VOS MÂCHOIRES
La salade césar de Mme Pépin arrive enfin. Elle se dépêche
de l'avaler. Son partiel mal ajusté lui empêche de bien
déchiqueter la laitue.
Rapellons qu'il est nécessaire de bien mastiquer pour briser
l'enveloppe de cellulose des végétaux et libérer
ainsi les nutriments qui y sont emprisonnés. À défaut
de mastication adéquate, ceux-ci "passeront tout droit".
En prenant le temps de déguster chaque bouchée, on permet
à l'amylase salivaire de digérer une partie des glucides
(amidons, sucres, etc.). Autrement dit, on doit "boire ses aliments
et manger ses liquides". Cela permet permet, entre autres, de réduire
les effets négatifs des allergies alimentaires. De plus, si les
morceaux d'aliments sont trop gros, votre corps devra utiliser davantage
d'enzymes digestives pour les réduire. C'est comme demander à
des ouvriers de démantibuler un cargo à coups de marteau!
Pour dessert, Mme Pépin prend un pouding au riz et une tisane
à la menthe. Monsieur Rougeot prend une coupe de fruits; ce sera
mieux pour sa ligne se dit-il.
QUAND ÇA BRÛLE
De retour au bureau, Mme Pépin se sent gonflée, au point
de devoir desserrer sa ceinture. Le ballonnement ressenti dans les 30
minutes suivant la fin d'un repas est synonyme d'une mauvaise digestion.
Les causes? Tout d'abord, une mauvaise mastication, ensuite des intolérances
alimentaires et, probablement, de l'hypochlorhydrie.
Une production insuffisante d'acide chlorhydrique (HCL) peut également
être en cause; environ 20 % de la population en est affectée,
deux fois plus au delà de 60 ans. L'HCL sert à acidifier
l'estomac de façon à ce que les enzymes protéolytiques
(protéases) puissent digérer les protéines contenues
dans le falafel. Comme Mme Pépin a un tempérament stressé
et qu'elle ne pratique une activité physique que très
occasionnellement, son corps a tendance à s'acidifier. Cela entraîne
une surutilisation de minéraux alcalins afin d'équilibrer
l'excès d'acidité. Le corps puisera alors dans les réserves
minérales, dont celles des os. En utilisant un anti-acide naturel
comme le calcium-magnésium liquide, vous pouvez donc faire d'une
pierre deux coups.
Par ailleurs, le stress et le manque de variété dans
l'alimentation entraînent des déficiences en vitamines
du complexe B. Or, pour fabriquer de l'acide chlorhydrique, le corps
a besoin d'une présence constante de vitamines B3 et B12, de
magnésium et de zinc. Les repas de Mme Pépin ne fournissent
pas assez de ces nutriments. Une supplémentation, à court
terme, ainsi que des changements dans ses choix alimentaires contribueront
à contrecarrer son hypochlorhydrie.
Une personne peut très bien avoir des brûlures d'estomac
à l'occasion et manquer d'acide chlorhydrique dans l'estomac.
Quant aux malaises qui en résultent, le choix de la tisane à
la menthe n'est pas idéal si vous avez déjà un
estomac récalcitrant. La menthe - tout comme l'alcool, le chocolat
et les aliments gras - entraîne un relâchement et une ouverture
du cardia (un clapet qui sépare l'sophage de l'estomac),
ce qui laisse remonter la "bouillie acide" de l'estomac, causant
ainsi des brûlures. Si vous vous couchez peu de temps après
un repas, étendez-vous sur le côté gauche plutôt
que sur le droit; la gravité jouera alors en votre faveur.
SOIGNEZ VOS ENZYMES
Il est 15 h et M. Rougeot "cogne des clous"; il s'endort
sur son bureau, comme chaque après-midi. Son foie semble lent
mais, en fait, c'est que l'énergie de son corps va à la
digestion. Avec l'âge, le stress et la surconsommation d'aliments
cuits, le corps n'arrive plus à produire une quantité
d'enzymes suffisante dans le temps requis. Lorsque son repas ne contient
que des aliments cuits, M. Rougeot aurait avantage à y ajouter
des aliments vivants (crus) ou à prendre des suppléments
d'enzymes végétales (voir encadré sur les enzymes).
Manger à heure fixe lui serait également profitable.
Si vous voulez avoir une énergie soutenue et préserver
votre banque d'enzymes - nécessaires non seulement à la
digestion, mais à une multitude de fonctions, de la simple pensée
à la complexe coagulation du sang -, évitez le grignotage
entre les repas. Certaines personnes mangent jusqu'à 10 fois
par jour des aliments cuits, ce qui nécessite, à chacune
de ces occasions, une production d'enzymes. Lorsque vient l'heure du
repas, mangez et buvez ce que vous voulez mais, après coup, laissez
reposer votre estomac un minimum de trois heures. Ce n'est pas une bonne
idée de prendre son dessert 30 minutes plus tard, ou un verre
de jus une heure après. En effet, non seulement vous diluez alors
vos sécrétions gastriques, mais vous demandez aussi au
corps de reprogrammer toute la digestion. Surveillez particulièrement
les enfants à ce sujet; leur non-stop alimentaire, nuisible au
fonctionnement du système immunitaire, pourrait expliquer bien
des maux.
QUAND ÇA GAZE...
Coincée dans un bouchon de circulation, Mme Pépin est
en retard à un rendez-vous important. Aussitôt descendue
de l'auto, elle a une urgente envie d'aller aux toilettes. Résultat:
une diarrhée de stress.
Les émotions, tout autant que le stress, ont un effet direct
sur les intestins. Dans le cas de Mme Pépin, les parcelles de
laitue mal digérées ont également irrité
les parois de son intestin. Le pouding au riz contenait du lait et,
comme beaucoup de gens, Mme Pépin n'a peut-être pas l'enzyme
(lactase) permettant de bien le digérer, ce qui lui cause un
inconfort digestif. À noter que les jeunes enfants ont des intestins
particulièrement fragiles. Les jus de pomme (les pires), de poire
et de raisin blanc peuvent leur occasionner des diarrhées, car
ils renferment une très grande quantité de fructose et
de sorbitol. Les petits n'ont souvent pas les enzymes nécessaires
pour digérer ces éléments.
Quant à M. Rougeot, il n'est pas allé à la selle
ce matin, pas plus qu'hier. Constipé, il libère régulièrement
des gaz nauséabonds.
La flatulence (du latin flatus, qui veut dire vent) provient d'une
accumulation excessive de gaz dans le tractus intestinal, en raison
d'une fermentation et d'une digestion incomplète. Elle peut également
provenir de l'aérophagie, c'est-à-dire de l'air absorbé
par l'estomac (pour avoir bu avec une paille, par exemple, mâché
de la gomme ou parlé en mangeant). Sachez tout d'abord qu'il
est normal pour un individu en santé d'avoir une quinzaine de
gaz par jour. Ce qui ne l'est pas, c'est que ces gaz empestent l'air
ambiant. Dans le cas de M. Rougeot, il faut tenir les mauvaises combinaisons
alimentaires de son dîner pour responsables. Il a en effet consommé
des pommes de terre et un morceau de pain (deux féculents) avec
sa viande. De plus, il a enfilé une coupe de fruits par dessus
le tout; cela complique la digestion, car les fruits fermenteront pendant
la digestion des aliments plus solides, d'où les flatulences.
Remarquez bien que tout le monde ne réagit pas ainsi. Certaines
personnes peuvent ingérer tout un méli-mélo d'aliments
sans émettre le moindre gaz. Chez un individu en santé,
les gaz débutent environ trois heures suivant l'ingestion de
l'aliment et atteignent leur maximum après cinq heures. Outre
les fruits après le repas et les mauvaises combinaisons, sachez
que le sorbitol (édulcorant), la pomme (et particulièrement
son jus), les choux, le navet, les oignons et la banane peuvent causer
des flatulences. Faites vos propres tests afin d'établir votre
tolérance.
Enfin, quelques trucs antigaz: ajoutez du cumin en poudre, de l'ail
ou du gingembre à vos aliments. Si vous choisissez de consommer
des suppléments d'enzymes végétales, sachez qu'il
leur faudra un certain temps pour "déblayer le passage";
attendez-vous donc à produire plus de gaz dans les premiers jours.
LA BATAILLE DES POIS CHICHES
Si vous avez introduit récemment les pois chiches (le falafel
de Mme Pépin en était fait), les fèves rouges ou
les lentilles dans votre alimentation, ou si vous n'en mangez que quelques
fois par année, il est tout à fait normal que ça
"brasse" dans vos intestins. En fait, vous êtes en train
de nourrir des bactéries intestinales amies, et elles sabrent
le champagne! Parmi les glucides qui causent le plus de flatulences,
on compte les oligosaccharides présentes dans les légumineuses,
le lactose des produits laitiers et les fibres solubles de la pomme.
En consommant régulièrement des légumineuses,
des lacto-fermentations ou des bactéries lactiques (dans les
yogourts ou en suppléments), les bactéries amies feront
des petits et s'installeront définitivement en vous. Et vos gaz
disparaîtront. À noter que les antibiotiques et le chlore
de l'eau du robinet détruisent notre flore intestinale, et que
l'ingestion fréquente de sucres raffinés ainsi qu'un régime
faible en fibres favorisent le développement d'une flore bactérienne
ennemie. Cette flore vous occasionnera des gaz et augmentera votre risque
de tumeurs dans l'intestin et d'une auto-intoxication par réabsorption
des toxines dans le sang.
LES SELLES: TABOUES MAIS PRÉCIEUSES!
Si vous avez une diète équilibrée et riche en fibres,
vous devriez avoir, au minimum, une selle par jour. Une selle normale
ne dégage pas d'odeur forte (mauvaise fermentation) et ne crée
pas de brûlures rectales (excès d'acidité). Sa couleur
doit être brunâtre; si elle claire ou jaunâtre, cela
indique un problème de foie ou de vésicule biliaire. Si
vos selles sont souvent très foncées ou noires, elles
peuvent contenir du sang; il faut alors consulter un médecin.
La présence de sang rouge clair provient de fissures annales
ou rectales, d'inflammation (colite) ou d'hémorroïdes.
Les selles doivent être lisses et bien moulées, ni trop
dures - manque de fibres et d'hydratation -, ni trop molles ou en morceaux
- ce qui peut indiquer une mauvaise digestion et une mauvaise assimilation,
causées par des allergies, des intolérances alimentaires,
une mauvaise flore intestinale, une inflammation ou une période
de stress ou d'émotions fortes. Enfin, elles ne doivent nécessiter
qu'un morceau de papier hygiénique! Sinon, cela reflète
la présence de mucus provenant d'aliments allergènes,
tels que les produits laitiers, le soya, le blé, l'avoine, etc.,
ou un manque d'enzymes digestives (amylases et lipases).
Très peu de gens se sentent à l'aise pour parler des
selles, sujet tabou. Il s'agit pourtant d'un indice quotidien qu'on
aurait tort de négliger. Sans revenir à la phase annale,
jetez donc un coup d'il à la toilette la prochaine fois:
vous en apprendrez beaucoup sur l'état de votre digestion et,
donc, de votre santé en général.
ENZYMEZ VOTRE VIE
La nature est vraiment bien faite: chaque aliment cru et frais possède
ses propres enzymes pour minimiser l'effort de notre système
digestif. Notre corps, en effet, perçoit la présence de
ces enzymes et réduit alors sa production. Cela s'appelle la
"sécrétion enzymatique adaptative", découverte
dans les années 1940 par le Dr Edward Howell, qui a démontré
que le manque d'enzymes caractérise non seulement les troubles
de digestion, mais également de nombreuses maladies chroniques
- allergies, diabète, inflammations - et le vieillissement précoce.
Récemment, trois médecins ont rapporté l'état
des recherches sur les enzymes dans l'excellent livre Enzymes, The Fountain
of Life. En Allemagne, où ce sujet est pris très au sérieux,
les athlètes consomment des enzymes en suppléments depuis
déjà plusieurs années.
Les enzymes présentes dans vos aliments et dans les suppléments
vous permettent non seulement de mieux digérer et assimiler, mais
également de préserver votre énergie pour autre chose,
notamment pour combattre les microbes qui pullulent durant la saison froide.
Sans les enzymes, la vie ne saurait exister sur Terre, car elles participent
à toutes les réactions chimiques des êtres vivants.
Comme l'ont dit les Dr Howell, Lopez, Loomis et bien d'autres, si vous
ne deviez utiliser qu'un seul supplément pour vos problèmes
de santé, optez pour les enzymes.
RESSOURCES:
- Les enzymes-santé, Sven Neu et Karl Raberger, Éd. Jouvence,
1992.
- Enzymes: The Fountain of Life, Dr Lopez, Williams et Miehlke, Éd.
Neville Press, 1994.
- Reconstruisez votre santé par l'alimentation vivante, Diane
Perron, Éd. Chlorophylle, 1992.
Ce texte a été publié originellement
dans le magazine Guide Ressources de décembre 1998.
©1998 Tous droits réservés par Julie
Brière. Reproduit avec la permission de l'auteure.
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La santé des intestins
Les maladies intestinales
sont en hausse constante dans nos sociétés occidentales.
Une alimentation raffinée, caractérisée par le
manque de fibres, perturbe et ralentit le transit intestinal.
[suite...]
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Histoires de tripes
Le ballonnement, la flatulence, la constipation, quelles misères!
Pour mieux comprendre la cause des problèmes de digestion,
et surtout la façon de les éviter, entrons dans "l'intimité
digestive" de deux personnes comme vous et moi. [suite...]
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La maladie de Crohn
La maladie de Crohn est une affection inflammatoire du tube digestif,
dont la cause est inconnue. Elle peut être observée à
n'importe quel niveau du tube digestif mais elle atteint le plus souvent
la portion terminale grêle, le gros intestin (côlon) et
la région anale.[suite...]
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