La maladie de Crohn
Par Michel Lecomte, n.d.
La maladie de Crohn est une affection inflammatoire du tube digestif, dont
la cause est inconnue. Elle peut être observée à n'importe
quel niveau du tube digestif mais elle atteint le plus souvent la portion
terminale grêle, le gros intestin (côlon) et la région
anale.
Cette maladie est en règle générale chronique, et elle
se caractérise par des poussées du processus inflammatoire de
gravité variable alternant avec des phases de rémission de durée
parfois prolongée.
Hypothèses quant à la cause
Génétique
L'incidence de cas familiaux (jumeaux, frères et surs) est supérieure
aux lois du hasard. C'est donc dire que lorsqu'un membre d'une famille est
atteint, il y a plus de chance qu'un autre membre de la famille soit atteint
que dans la population en général. De plus des gènes
de prédisposition à la maladie ont été décrits
sur le chromosome 16, plus particulièrement le groupe tissulaire HLA-B27.
Environnement et alimentation
La maladie de Crohn est plus fréquente en Amérique du Nord et
en Europe du Nord. Elle est de fréquence intermédiaire en Europe
du sud et rare dans les autres parties du monde. Elle est plus fréquente
en milieu urbain qu'en milieu rural. Cela amène donc à penser
que l'environnement et possiblement le stress pourraient avoir une influence
sur son développement, ainsi que les habitudes et les allergies alimentaires.
Concernant les habitudes alimentaires, il existe des différences entre
le régime alimentaire de sujets sains et celui de personnes atteintes
de la maladie de Crohn. Ces différences incriminent les fibres, la
margarine, les sucres raffinés, les " corn-flakes " et certains
additifs dont la carrégénine.
Le tabagisme augmente le risque d'apparition de la maladie de Crohn, surtout
chez les femmes. Le mécanisme de l'effet nocif du tabac passerait par
des troubles de la micro-circulation dans la paroi de l'intestin.
Actuellement, la recherche d'un agent infectieux s'oriente vers une hypothèse
d'origine virale. Une infection par le virus de la rougeole lors des premiers
jours de la vie, voire avant, lors du dernier trimestre de la grossesse, pourrait
jouer un rôle dans l'apparition 20 ou 30 ans plus tard d'une maladie
de Crohn. Les recherches virologiques sont en pleine évolution mais
il ne faut pas oublier le fait bien établi que la maladie de Crohn
n'est pas contagieuse. Il est toutefois important de noter que des chercheurs
britanniques (Medical Tribune, 1993) ont trouvé des traces de ce virus
de la rougeole dans la portion malade de l'intestin de 13 patients sur 15
atteints de la maladie de Crohn, alors qu'il était présent chez
une très petite minorité chez ceux qui n'étaient pas
atteints.
Facteurs immunologiques
L'inflammation granulomateuse a été attribuée à
un mécanisme auto-immun, selon Fattorusso et Ritter (1986).
Hypothèse intégrationniste
Une hypothèse qui intègre les facteurs génétiques,
environnementaux, alimentaires et infectieux a de plus en plus cours pour
expliquer l'étiologie de la maladie de Crohn. Des années avant
l'apparition des premières manifestations de la maladie, les patients
contracteraient un virus à lent développement. Celui-ci modifierait
la réponse immunitaire à l'étage digestif, de telle sorte
que certains composants de l'alimentation seraient considérés
par l'organisme comme des ennemis, et donc déclencheraient une réaction
de défense. Le patrimoine génétique pourrait agir en
modulant cette réponse défensive.
Age de début - répartition des sexes
L'âge moyen de début de la maladie de Crohn est de 27 ans mais
la maladie peut se révéler à tout âge, depuis la
première enfance jusqu'après l'âge de 70 ans. Contrairement
à la recto-colite hémorragique où l'on note une prédominance
féminine, la maladie de Crohn affecte à égalité
les deux sexes.
Physio-pathologie
En 1932, Burril B. Crohn, médecin américain, a donné
son nom à la maladie en décrivant 14 cas de l'affection localisée
à la moitié terminale de l'intestin grêle (iléon).
Il a mis en lumière la spécificité des lésions
laissées par la maladie. Par la suite, on a pu constater que ces lésions
spécifiques pouvaient être localisées à différents
endroits des intestins, bien que 40 à 50% des cas soient localisés
à l'iléon (iléite régionale-terminale).
Lowe nous indique (p. 228) que les caractéristiques spécifiques
de la maladie de Crohn nous montrent une muqueuse en pavés ou gallets
provoqué par la combinaison de zones ulcérées et fissurées
et de zones d'oedèmes muqueux.
La survenue d'un cancer de l'intestin grêle ou du côlon est plus
fréquente chez les patients atteints de maladie de Crohn depuis plus
de 20 ans que dans la population générale.
Manifestations intestinales
L'occlusion intestinale (les intestins bouchés) est la conséquence
d'une stagnation des selles en général dans l'intestin grêle.
Elle entraîne une distension de l'intestin situé en amont, source
de ballonnements et de douleurs déclenchées par les repas. Quand
l'obstacle se complète, les aliments ne peuvent plus progresser et
surviennent, alors, des vomissements. Une intervention chirurgicale devient
rapidement nécessaire.
Les abcès intra-abdominaux et les fistules sont des complications
particulières à la maladie de Crohn. Elles sont la conséquence
de l'évolution en profondeur des ulcérations intestinales qui
s'étendent à toute l'épaisseur de la paroi de l'intestin.
Aspect clinique
Les symptômes de la maladie ne sont pas spécifiques. Les plus
fréquents sont les douleurs abdominales et la diarrhée. Ce qui
est spécifique de la maladie de Crohn, c'est son mode évolutif
(par poussées aiguës) et les lésions intestinales.
Les manifestations extra-digestives
Les plus fréquentes sont articulaires. On distingue le rhumatisme périphérique
touchant les articulations des membres (genoux, chevilles, épaules,
coudes et poignets) du rhumatisme axial qui concerne la colonne vertébrale
et le bassin. Les douleurs articulaires prédominent volontiers la nuit
et s'associent à une raideur. Les articulations périphériques
sont gonflées et recouvertes d'une peau luisante et rouge en cas d'arthrite.
Les poussées de rhumatisme périphérique surviennent à
la suite des poussées évolutives de la maladie de Crohn tandis
que le rhumatisme axial a tendance à évoluer indépendamment
de l'état digestif. Parfois, l'extrémité des doigts est
trop grosse et déformée, avec un bombement excessif des ongles.
Cette déformation, décrite par Hippocrate et donc nommée
hippocratisme digital, n'est pas spécifique de la maladie de Crohn.
Les manifestations cutanées
Ces manifestations n'apparaissent qu'au moment de poussées évolutives
de la maladie de Crohn. La plus fréquente d'entre elles est l'érythème
noueux. Il se présente sous la forme de petites tuméfactions,
sensibles, rouges violacées, siégeant sous la peau, sur les
jambes ou les avant-bras. Beaucoup plus rarement, des ulcérations cutanées
à rebord violacé, d'évolution extensive, appelées
Pyoderma gangrenosum siègent au niveau des cuisses.
Les manifestations oculaires
Celles-ci font également suite aux poussées de la maladie de
Crohn. Elles peuvent entraîner une douleur à la lumière,
une inflammation de l'iris, ou n'être dépistées que lors
d'un examen ophtalmologique.
Les manifestations urinaires
Les calculs rénaux sont plus fréquents en cas de maladie de
Crohn atteignant l'iléon. Les graisses, mal absorbées du fait
du manque de sels biliaires vont fixer le calcium dans l'intestin, empêchant
la fixation normale du calcium sur l'oxalate d'origine alimentaire. Or, normalement,
la formation de ce complexe calcium-oxalate empêche l'absorption de
l'oxalate par le côlon, ce complexe étant éliminé
dans les selles. Le manque de calcium libre dans l'intestin (dû à
sa fixation sur les graisses) va donc laisser l'oxalate libre de tout lien
et ce dernier pourra être absorbé par le côlon puis concentré
par les reins, aboutissant à la constitution de calculs d'oxalates.
La formation de calculs est également favorisée par toutes les
circonstances entraînant une déshydratation (chaleur, diarrhée).
La prévention de ces complications passe donc par un apport suffisant
en eau et par un régime pauvre en oxalates en cas d'atteinte iléale.
Altération de l'état général
D'intensité variable, et accompagnant les poussées évolutives,
l'altération de l'état général peut associer une
asthénie (de la simple fatigabilité à l'effort à
une profonde fatigue), une anorexie, une anémie discrète, de
l'hyperleucocytose, une augmentation de la vitesse de sédimentation
et de la fièvre (du décalage thermique à 37°5 jusqu'à
une fièvre élevée à 39°- 40°). La restriction
des apports alimentaires, favorisée par les douleurs abdominales, aboutit
à une perte de poids. D'autres facteurs peuvent concourir à
l'apparition d'un état de dénutrition tels les troubles de l'absorption
en cas d'atteinte de l'intestin grêle. Cette dénutrition peut
être globale par insuffisance d'apports énergétiques ou
caloriques mais elle prédomine, souvent, sur les protéines.
Certaines vitamines et minéraux peuvent également manquer.
Traitement
L'approche naturopathique s'attarde tout d'abord aux facteurs alimentaires.
En effet, lorsqu'il y a inflammation intestinale, il faut ajuster l'alimentation
en éliminant les substances irritantes pour la muqueuse. Gilles Parent,
n.d., dans La Voie naturopathique, nous rappelle que le blé, le lait
de vache (intolérance au lactose) et la levure exacerbent les symptômes
inflammatoires des intestins. L'intolérance au fructose et au sorbitol
serait présente chez 17,3% des personnes atteintes de la maladie de
Crohn (Mishkin et al, 1994).
Il faut également vérifier les allergies alimentaires car,
comme le rapporte monsieur Parent (Idem), les gens atteints de maladies inflammatoires
des intestins ont une réaction allergique à plusieurs aliments.
En plus des aliments irritants pré-cités, les aliments allergènes
seront aussi éliminés pour un certain temps. On veillera à
alimenter la flore intestinale avec de bonnes bactéries lactiques de
type acidophilus.
Une diète riche en acides gras essentiels Omega 3 et Omega 6 (huiles
de tournesol, de lin, poissons, etc.) sera indiquée, car ces acides
gras essentiels sont impliqués dans la production de prostaglandines
de série 1 et 3 qui ont une action anti-inflammatoire. Les sources
d'acide arachidonique seront supprimées, comme la viande rouge et tous
les gras saturés. Il faudra veiller à éviter les excès
d'acide linoléique (Omega 6) qui parfois prend le chemin métabolique
de l'acide arachidonique et produit des prostaglandines de série 2
et des leucotriènes qui sont des substances inflammatoires.
Les légumes non acides comme le brocoli, les germinations, les carottes,
etc., seront privilégiés, de même que des céréales
comme le riz et le millet (et non le seigle et le blé). Il faudra éviter
les aliments raffinés et faire attention aux carences nutritionnelles,
particulièrement les protéines. On recommandera de prendre du
psyllium pour avoir un apport suffisant de fibres (Balch et Balch, 1997).
La recherche a démontré que des phytonutriments alimentaires
peuvent moduler les médiateurs et les déclencheurs de l'inflammation.
Ceux contenu dans le curcuma, le boswellia, le thé vert et les agrumes
figurent parmi les plus puissants inhibiteurs des médiateurs de l'inflammation.
Les acides gras essentiels Omega 3 et Omega 6, de même que la nigellone
de la nigelle, sont également reconnus pour cette action.
Tests de laboratoire
Les tests d'allergies alimentaires (ELISA), de perméabilité
intestinale et l'analyse complète des selles serviront à éliminer
les allergènes, détecter des parasites et assurer le suivi de
la reconstruction de la membrane intestinale. Bien que ces tests ne soient
pas spécifiques à la maladie de Crohn, ils permettent de détecter
des facteurs promoteurs et des problèmes conséquentiels à
la maladie, problèmes qu'il faudra éliminer pour assurer une
guérison.
Supplémentation
La supplémentation tournera autour du processus inflammatoire et de
la reconstruction de la membrane intestinale. Un apport d'acide gamma-linolénique
(huile d'onagre, de bourrache), d'acide alpha-linolénique et d'acide
éïcosapentaénoïque (huiles
de poissons) sera nécessaire. Les acides gras ont aussi une action
sur la perméabilité intestinale. Le faible taux d'acides
gras essentiels sériques chez les personnes atteintes de la maladie
de Crohn a été démontré, comme l'indique Gilles
Parent (déjà cité).
La vitamine C, l'acide panthothénique, le coenzyme
Q10, la vitamine E, le zinc, l'acide folique, la vitamine B12, la glycine
et la glutamine accélèrent la cicatrisation de la muqueuse et
aident à restaurer et maintenir la fonction de la perméabilité
intestinale.
Du côté des plantes, le gel d'aloes et l'écorce d'orme
rouge aident à cicatriser la muqueuse. On pourra aussi ajouter des
enzymes digestives pour faciliter
le travail digestif, ainsi que des bactéries
lactiques comme mentionnées précédemment.
Références
BALCH, J.F., BALCH, P.A., Prescription for Nutritional Healing, Avery Publishing
Group, 1997, 600 p.
BAUMER, DR P., " La Maladie de Crohn...Informations pour les patients
et leur famille ", www.afa.asso.fr/Fr-Crohn.htm, septembre 1999.
BERNER, M.S., BIRON, P., ROTENBERG, G.N., Nouveau guide pratique des médicaments,
Association médicale canadienne, Sélection du Reader's Digest,
1996.
FATTUROSSO, V., RITTER, O., Vademacum clinique, du symptôme à
l'ordonnance, Masson, 1986.
LOWE, S. Anatomie pathologique générale et spécifique,
De Boeck University, 536 p.
MEDICAL TRIBUNE, "Crohn's disease linked to measle", Mai 1993,
p.10.
MISHKIN, S.R. ET AL., "Fructose/and/or sorbitol intolerance in a subgroup
of lactose intolerant patients", Canadian Journal of Gastro-enterology,
1994, 8 (6), pp. 389-393.
PARENT, G., " La maladie de Crohn et sa gestion ", La Voie naturopathique,
1999, pp. 3-4.
THE NUTRITION REPORT, "Fatty acid deficiency in Crohn's", Février
1996, p. 13.
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